Le revers de la croquette

Découvrez ici la version maquettée : Enquete croquette

Sept millions de chiens et treize millions de chats envahissent nos foyers en France. Alors qu’en tant qu’humains et consommateurs, de plus en plus attentifs à la qualité de nos aliments, nous nous tournons vers des modes de consommations plus sains, nous faisons rarement de même pour nos animaux. Les dessous d’une gamelle peuvent s’avérer surprenants…

Depuis un certain temps, le chat de Françoise perd du poids sans pour autant manger moins, semble avoir une soif “intarissable” et urine plus que la moyenne. Soucieuse, la retraitée décide de prendre rendez-vous avec un vétérinaire et après un contrôle sanguin, la sentence tombe : c’est un diabète. Des injections d’insuline quotidiennes lui sont donc prescrites et un régime alimentaire adapté. « Je ne comprenais pas pourquoi mon chat était devenu diabétique, je ne lui avais jamais donner de mauvaises choses à grignoter seulement sa ration quotidienne de pâté en sachet et un peu de croquettes ». Le cas de Françoise, c’est aujourd’hui celui de millions d’animaux dont les maladies chroniques se sont développés à l’apparition de la nourriture industrielle.

La nourriture industrielle se développe fortement après guerre, et vient nourrir la consommation de masse des Trente Glorieuses (1945-1973). Économique et rapide, mais pas toujours bonne pour notre santé, nous avons donc naturellement appliqué ce mode d’alimentation à nos animaux. Résultat, aujourd’hui ce sont 810 000 tonnes de croquettes vendues par an, soit 7% du chiffre d’affaires des supermarchés. Une aubaine pour les grands groupes industriels qui se sont emparés de ce marché fructueux dans les années 1990. Vous connaissez tous les marques Royal Canin, Canigou, Whiskas, Pedigree ou encore Purina One, elles sont détenues en majorité par deux grands géants de l’agroalimentaire : l’Américain Mars et le Suisse Nestlé. Ce marché ne rapporte pas moins de 3,4 milliards d’euros par an. Mais il n’est pas question pour ces groupes de révéler leurs méthodes de fabrications.

« Quand quelque chose n’est pas cher, il ne faut pas s’attendre à avoir de la qualité », nous indique Morgane Kergoat, auteure du livre « Vous êtes fous de leur faire avaler ça » (Editions Flammarion, 2017) qui se penche justement sur cette question épineuse de la nourriture pour animaux. Un paquet de croquette coûte en moyenne 5 euros le kilo et un pâté 6 euros le kilo. Néanmoins, il existe une réelle différence de qualité en fonction du lieu d’achat. En supermarché, la nourriture sera forcément bas de gamme. Chez un spécialiste comme dans une animalerie, la qualité sera moyenne. Tandis que chez un vétérinaire, les conserves ou croquettes seront plus chères mais de meilleure qualité. L’auteure nuance tout de même son propos : « Même dans un produit vendu chez un vétérinaire vous pouvez encore trouver du sucre dans la liste des ingrédients. En général ce qui fait la qualité « supérieure » du produit c’est sa teneur en viande et donc sa source en protéine ».

Une liste d’ingrédients douteuse

Dans l’alimentation pour animaux vendu en grande surface, il faut se méfier de ce qui est écrit sur le paquet. Une conserve pour chien au poulet ne contiendra pas forcément que du poulet. Il suffit de lire la liste des ingrédients pour s’en rendre compte. Nous avons fait l’expérience en prenant un pâté au bœuf pour chat de la marque Whiskas : il y est inscrit « sous produits animal (bœuf 4%) », c’est à dire que le produit doit contenir obligatoirement 4% de bœufs mais le reste peut, lui, être du poulet, du porc ou encore du poisson. « La recette d’un aliment bas de gamme est fluctuante, c’est pour cette raison que la marque va détailler le moins possible sa liste d’ingrédients puisque, quand un industriel détaille cette liste il est obligé de s’y tenir comme pour une recette. Donc s’il marque viande et sous produits d’animaux sans détailler l’espèce il peut ainsi s’ajuster avec le marché ». Cela revient à choisir selon les restes des abattoirs locaux, les ingrédients utilisés. « S’il y a du poulet, il prend du poulet. La semaine suivante, ce sera peut-être du bœuf. Mais très souvent on se retrouve uniquement avec la carcasse, donc sans la viande, ce qui n’a quasiment aucune valeur nutritive. », insiste Morgane Kergoat.

Mais que se cache-t-il véritablement derrière cette mention de « sous produits animaux » ? Un règlement concernant cette dernière a été publié dans le journal officiel de l’Union Européenne en novembre 2009 intitulé : “établissement des règles sanitaires applicables aux sous produits-animaux et aux produits dérivés non destinés à la consommation humaine”. Ce règlement a donc été adopté suite à des scandales sanitaires qui ont fait ressortir le caractère dangereux de ces sous-produits animaux. On parle notamment de présence de « dioxines » dans ces derniers, c’est à dire des substances qui résultent essentiellement de procédés industriels. Introduites dans l’environnement, les dioxines persistent en raison de leur stabilité chimique. Leur « vie » est d’environ sept ans et elles peuvent par conséquent s’accumuler dans divers tissus ou liquides d’organismes vivants, humains ou animaux. Le texte évoque donc clairement ces risques : “Les sous-produits animaux non destinés à la consommation humaine constituent une source potentielle de risques pour la santé publique et animale (…) Les conséquences d’une mauvaise utilisation de certains sous-produits animaux pour la santé, pour la sécurité de la chaîne alimentaire humaine et animale et pour la confiance des consommateurs sont apparues au grand jour ”.

Malgré ces dangers, il apparaît impossible d’éliminer tous usages de ces sous-produits animaux, continue le texte : “L’élimination de tous les sous-produits animaux, qui entraînerait des coûts non supportables et des risques pour l’environnement, n’est pas une solution réaliste”. Le texte vise donc à établir des règles concernant l’usage de ces sous-produits animaux (en établissant des normes, des contrôles sanitaires etc). Mais on observe de nombreux contresens. Par exemple, l’usage de sous-produits animaux issus d’animaux ayant servit à des expériences est proscrite mais le texte dit par la suite : “ Les États membres pourraient autoriser l’utilisation de sous-produits animaux provenant à des animaux ayant servi à des expériences visant à tester de nouveaux additifs destinés à l’alimentation animale”.

Le SIFCO (syndicat des industries françaises de coproduits animaux) donne sa propre définition du terme « sous-produits » sans pour autant révéler ce qu’on y retrouve réellement. Pour Isis La Bruyère, membre de l’association L 214, qui s’intéresse notamment à la question des abattoirs, on peut y retrouver, “par exemple les oreilles de certains animaux, avec encore dessus des matières plastiques comme les badges d’oreilles”. La présence de plumes, elle aussi fait débat. Mais Yves Bodet, Délégué Général de la FACCO (Chambre syndicale des Fabricants d’aliments préparés pour chiens, chats oiseaux et autres animaux familiers) tient à préciser qu’elles sont autorisées sous forme hydrophilisés, c’est-à-dire que la plume peut absorber de l’eau, plus facile pour la digestion de l’animal.

La réelle composition de ces sous-produits n’est pas claire, et les industriels ferment leurs portes à l’annonce de cette question, mais une chose est sûre : cela n’apporte aucune valeur nutritive à nos animaux et donc pas non plus les calories nécessaires.

Une présence de glucides difficile à expliquer

Autre point sensible, dans les croquettes notamment, le taux de glucides est généralement très élevé. Seulement, le consommateur ne peut le savoir au premier coup d’œil, car ce n’est pas marqué sur l’étiquette. Les lobbyistes du secteur, dit « petfood », ont réussi à ce que cela ne soit jamais écrit. La raison de ce non-dit est simple : les chiens et chats n’en n’ont pas besoin.

Les principaux glucides se situe dans l’amidon qui est généré par les céréales (maïs, riz et blé) contenu dans les croquettes. L’amidon est obligatoire car il permet de donner la forme et la texture de la croquette, sans quoi ce ne serait qu’une poudre. Mais nous retrouvons aussi de l’amidon dans les pâtés et les boîtes. Et pour cause, le principal atout de cette molécule est son apport en glucides, c’est-à-dire son apport calorique.

Les calories peuvent être amenées par 3 choses : les protéines, les lipides ou les glucides. Géraldine Blanchard, vétérinaire nutritionniste, nous fait comprendre que « depuis que les protéines sont devenues plus chers, les industriels rajoutent de l’amidon partout ». Puisque les sous produits n’apportent pas assez de protéines et de lipides, et que cela coûte trop cher d’en rajouter, les industriels privilégient donc les glucides. Ces mêmes glucides qui peuvent entraîner, en surdose ou selon les animaux, des maladies chroniques. Selon une vétérinaire essonnienne, 45 à 50% des maladies chroniques seraient dues aux glucides dans son cabinet.

Autre facteur à risque pour les animaux : les céréales. Cela apporte de l’amidon comme vu précédemment, encore une fois une molécule qui n’est pas forcément bonne pour la santé de nos animaux. Effectivement, il ne faut pas l’oublier, les chiens et chats sont avant tout des carnivores. Leur intestin mesure alors trois fois leur taille contre plus de 50 mètres de long pour un herbivore comme les vaches, par exemple. Anatomiquement cela n’est pas un ingrédient fait pour eux, pourtant cela constitue la plus grande partie des ingrédients des croquettes.

La nourriture industrielle pour animaux n’est pas idéale pour nos bêtes, mais il ne faut pas mettre le blâme absolu sur ce moyen d’alimentation comme l’a souligné le docteur Blanchard : ”Il a permis d’éradiquer certaines maladies liées au déséquilibre alimentaire causé par les restes de nos assiettes données comme nourriture. Donc il y a du mieux, mais ce n’est pas l’idéal.

Alors la meilleure solution connue aujourd’hui, est de préparer soit même la nourriture pour son chien ou son chat. C’est le cas du régime BARF constitué en majorité de cuisses de viandes fraîches et de quelques compléments comme des oméga 3. Françoise a donc pris elle même conseil auprès d’un nutritionniste pour animaux, qui lui a vivement conseillé cette méthode : “ J’ai commencé à faire moi même la gamelle de mon chat, après un certain temps son taux de glucide a baissé. Mais il est vrai que cela me prend plus de temps qu’avant, un mal pour un bien”.

Anastasia Wolfstirn et Juliette Prigent

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