Pas de solution miracle contre les déserts médicaux

Pas de médecin généraliste à moins de 20 km, pas d’hôpital à moins de 30 minutes… Voilà ce que vivent aujourd’hui 2,5 millions de Français, répartis dans les 192 quartiers et villes nommés « déserts médicaux ». Les politiques s’enchaînent et se ressemblent pour lutter contre ce virus, mais où sont les solutions miracles ?

À Saint-Pierre-du-Perray, dans le département de l’Essonne, deux médecins viennent de partir à la retraite et deux devraient quitter la commune cette année. Pour l’instant, il est impossible de trouver des remplaçants. Une situation inadmissible pour les 10 000 habitants de cette commune qui devront allonger leur temps de trajet pour subvenir à leurs premiers soins. Mais cette situation est loin d’être exceptionnelle en France.

Même si le nombre de médecins n’a jamais été aussi élevé sur notre territoire, 281 000 inscrits à l’ordre, le véritable problème se trouve dans leur répartition géographique et le rejet de la médecine généraliste libérale. « On a tous, notre vision idéaliste du médecin. On ne pense pas à s’installer dans un endroit paumé, où il n’y a pas de médecins généralistes et spécialisés, car on sait que cela veut dire un cabinet bondé tout le temps », déclare Alice Boulan, étudiante en 3ème année de médecine. Travailler 24h/24h, 7 jours sur 7, c’est le quotidien des médecins ruraux qui n’ont aucune vie privée et qui doivent assurer, coûte que coûte, une demande de plus en plus élevé. Des témoignages comme celui-ci il en existe des milliers, et cela est tout à fait réelle selon Williams Gens, vice-président chargé des perspectives professionnelles à l’association des étudiants en médecine de France : « 8h-20h tous les jours et si le téléphone sonne, même en pleine nuit, ils se sentent obligés de répondre. Aujourd’hui, les jeunes médecins aspirent à une vie de famille en plus de leur carrière ».

Face à ce problème qui grandit depuis quelques années, les politiques se sont accumulés. Mais les solutions annoncées sont-elles pleinement efficaces ?

Agir dès la faculté

Il est nécessaire de faire revivre l’envie de devenir médecin généraliste et de s’installer dans les déserts médicaux pour les jeunes, et pour cela il faut agir dès la faculté.

La solution d’augmenter le numerus clausus, c’est-à-dire le nombre d’accès à la deuxième année, souvent appliquée, ne répond pas aux exigences.  Aujourd’hui le manque n’est pas, du nombre de médecin, mais de l’envie d’être médecin dans les zones rurales. Plus le problème se densifie, plus les étudiants en médecine fuient cette spécialisation. Pour remédier à cela, ils sont sensibilisés aux problèmes médicaux territoriaux, à l’aide de stages ruraux. Dans le département de l’Aveyron, les jeunes sont poussés à faire leur internat ou leur stage de cycle dans un cabinet de médecine généraliste ou spécialisé dans une zone de désertification médicale, et cela semble efficace pour Williams Gens : « Petit à petit, ils sont passés d’une démographie négative à positive ». Et selon les chiffres du ministère, dans la région, ils sont 19 à s’être installés, 20 à venir d’ici 2018, et le nombre de maitre de stage à presque doublé, en passant de 488 à 838.

Faire des stages c’est bien, mais s’installer est une étape supplémentaire. Et parfois il faut savoir couper la poire en deux. La politique d’Emmanuel Macron propose de « permettre aux jeunes médecins d’apporter un appuie temporaire aux médecins exerçant en zone sous-dense ». Comme un recours pour éviter de faire peur en parlant directement d’installation aux nouveaux docteurs, qui aujourd’hui ont besoin de tout tester avant d’acheter.

Et justement, pour persuader de s’installer, toutes les méthodes sont bonnes à prendre. Déjà initié sous le quinquennat de François Hollande, Agnès Buzin, actuelle ministre de la Santé, semble adopter le recours aux aides financières d’installations. « De nouvelles aides conventionnelles (…) ont été introduites dans la dernière convention médicale qui est entrée en vigueur en 2017. Elle prévoit notamment 50 000 euros sur 3 ans pour l’installation d’un médecin ». Plus de 200 millions d’euros ont ainsi été prévu sur une période de 5 ans pour aider l’installation dans ces zones dites “sous-denses”.

Le recours à la mode, les maisons de santé

La nouvelle stratégie, déjà mis en place sous François Hollande, mais renforcée par Emmanuel Macron sont les fameuses maisons de santé. Ces dernières désignent le regroupement, dans les mêmes locaux, de médecins libéraux (généralistes et spécialisés) afin de proposer une offre de soins plus large et pallier à l’isolement. Pour l’Agence Régional de Santé d’Île-de-France, celles-ci sont positives : « Elles constituent enfin un mode d’exercice plébiscité par les jeunes professionnels et permettent ainsi de dynamiser un ancrage démographique de premier recours dans les territoires ». Lors de l’annonce du plan de lutte contre les déserts médicaux par le gouvernement en place, en octobre dernier, il a été actée que le nombre de maisons de santé allait doubler. Une promesse de campagne pour Emmanuel Macron. Mais est-ce réellement la solution miracle ?

Briis-sous-forges, petite ville essonnienne, va inaugurer dans quelques semaines sa nouvelle maison de santé. Dedans est prévu 3 médecins généralistes, un kinésithérapeute, une infirmière, un dentiste, une psychologue, un orthophoniste et un ostéopathe. Pour Nadine Bellaton-Chanelière, future doctoresse au sein de la maison de santé, « l’installation à plusieurs c’est bien mais il faut que tout soit fait correctement avec nos exigences, comme l’organisation, des points d’eaux, des espaces sanitaires, insonorisation… ». Et oui, construire de tels locaux ce n’est pas simple, car autour gravitent de nombreuses exigences qui peuvent parfois s’avérer très coûteuses : « les dépenses générales des parties communes dans les maisons de santé peuvent coûter plus cher, et certains soignants ont du mal à faire la tourner à cause des frais annexes », nous explique la doctoresse. De plus, la maison de santé a aussi pour but de devenir un lieu de partage de connaissance entre collègues, une vocation unique : « Cela peut être très enrichissant car nous pouvons discuter plus facilement. Là est l’intérêt de ce genre d’initiative, et pour cela l’organisation est primordiale, car il est possible que l’on soit juste à côté mais qu’on ne fasse que de se croiser par manque de temps ».

Les maisons de santés sont donc un recours efficace pour les habitants. Seulement, ce recours doit s’accompagner de nombreuses autres initiatives afin d’être pleinement utiles et fonctionnelles.

Le numérique devient une arme redoutable

Emmanuel Macron, fait le pari ambitieux de la télémédecine. Mettre l’utilisation quotidienne que nous faisons d’internet et du numérique au cœur même de la politique de santé pour abolir les distances. En effet, cela va permettre de consulter à distance, de s’assurer du suivi d’un traitement ou de faciliter le partage d’informations entre professionnels de santé : un plus pour palier aux problèmes liés à la mobilité.  Ceci est une mesure inscrite dans la loi de financement pour la sécurité sociale de 2018, car ce sont les médecins et l’Assurance maladie qui fixeront le tarif de droit commun des actes de télémédecines.

Pour mettre en place cela il faut investir dans du nouveau matériel. Pour ce faire, les crédits du fonds d’intervention régional destinés au développement de la télémédecine seront doublés dès 2018. Au pôle de gérontologie clinique du CHU de Bordeaux et Télésanté Aquitaine, on a déjà réalisé l’expérience. Résultat : ils en sont à plus de 500 consultations auprès de 40 EHPAD, c’est à dire des maisons de retraite de la région. Cela touche essentiellement les pathologies liées à des plaies chroniques complexes, des troubles psycho-comportementaux liés à la maladies d’Alzheimer, des pathologies psychiatriques, des situations palliatives ou de fin de vie complexes. Selon le CHU de Bordeaux, voici comment se déroule une séance : « En pratique, à la demande du médecin traitant, une équipe pluridisciplinaire (gériatre, infirmière spécialisée en plaies, ergothérapeute et diététicienne), basée au centre expert du CHU (Pôle de Gérontologie Clinique), réalise à distance la consultation avec l’assistance d’un professionnel de santé au sein de l’EHPAD. Cette consultation multidisciplinaire dont la durée est d’environ 1 heure, permet à la fois de renforcer les collaborations interprofessionnelles, d’assister les soignants, d’apporter une optimisation diagnostique et thérapeutique et enfin de réaliser des actions d’éducation thérapeutique ». Toujours selon eux, les résultats semblent concluants car il montre une nette amélioration du délai d’accès aux spécialistes doublé d’une évolution favorable des plaies. Puis cela remplacerait l’hospitalisation de jour ou la consultation spécialisé recommandé dans 75% des cas, ce qui désengrengerait les cabinets et les plannings des médecins.

Seule contrainte, il va falloir convaincre tout le monde de se former aux outils numériques. La population française est vieillissante, on compte près de 10% de personnes âgées en métropole, et les nouvelles technologies, le plus souvent, ce n’est pas leur fort.

Alors que la politique du gouvernement vise à dynamiser les territoires, avec la création d’un nouveau ministère dédié, cela pourra être efficace seulement si l’on trouve une solution viable et profitable à tous, notamment aux personnes âgées. À bon entendeur…

Anastasia Wolfstirn et Juliette Prigent

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