L’héro des sportifs de haut niveau

Frederic-Nordmann

Frédéric Nordmann, 62 ans, est un ancien sportif de haut niveau, deux fois champion de France en natation. L’échec brutal de sa carrière le plonge dans la drogue. Ressorti plus fort mais aussi changé de cette expérience, il porte un regard peu commun sur l’excellence dans le sport.

 

Au bord du terrain, clope à la main, Fréderic Nordmann soutient l’équipe première féminine de hockey sur gazon du Racing Club de France, dont il est le manager. Club de tradition familial, c’est sur le gazon qu’il se sent le mieux. Sociable, connu de tous, Frédéric, surnommé Frédo ou Dof, est un « sacré personnage ». Toujours la blague de trop, souvent salace, il pourrait parler durant des heures, beaucoup des autres mais très peu de lui. Une certaine humilité, et une grande carapace qui cache des souffrances et des combats enfouis.

 

Issu d’une famille aimante, il est dès son plus jeune âge confronté à des exigences démesurées : « Mon père m’avait fixé deux objectifs : les JO et polytechnique ». Des pressions qui rythment son quotidien pendant une grande partie de sa vie. D’abord avec la natation : les entraînements avant et après les cours, la solitude, le dépassement de soi, toujours repousser plus loin ses limites, « jusqu’au jour où on t’annonce que tu n’es pas assez con pour nager ». Un premier coup de massue pour le jeune homme de 17 ans, dont le rêve olympique, pourtant à portée de main, vient de partir en fumé. À 21 ans, il devient directeur technique d’effets spéciaux. Encore une fois les exigences sont hautes : « ce métier c’était la crème de la crème du cinéma, tu n’avais pas le droit de te louper ». Encore un coup de massue à l’arrivée du numérique, où on lui demande de faire ses valises.

Pour réussir à tenir la pression, Fréderic se réfugie dans la drogue et plus particulièrement l’héroïne : « J’ai appris à gérer le produit. Je n’ai jamais pris de risque vital, je savais très bien m’en servir, quand, comment et pourquoi ». Pendant des années il était dans une bulle extraordinaire où il avait un sentiment de protection, et une douleur physique absente. Il était performant, mais à quel prix ? « Un moment, je me suis dit, « ça va j’ai fait le tour, j’ai envie de m’affronter au monde ». Il se guérit, et passe le pont, comme il le dit, sans jamais revenir en arrière. « Je vois ce qu’il s’y passe, mais moi je suis de l’autre côté ».

Début des années 1990, lui-même et le docteur Williams Lowenstein se retrouvent une fois par mois… au cimetière, pour enterrer des amis qui meurent du sida, dû aux injections de produits illicites. Enormément affecté par ces drames, il décide de réagir : il vient travailler au nouveau centre pour toxicomanes du Monte-Cristo. Il observe tous les patients, et ce qu’il remarqua, le frappa : « le sport de haut niveau ce n’est pas bon pour la santé ». Une fin souvent brutale, par l’échec ou la blessure, pour lesquels les sportifs ne sont pas préparés. L’amoureux du sport décide alors de prendre les devants et de combattre les idées reçues, encore aujourd’hui.

Le 9 février 1996, l’Equipe fait la une avec 150 noms d’athlètes dopés au cannabis, en les décrivant comme des tricheurs. Ne pouvant se taire, il répond. « Si les athlètes ne fumaient que du cannabis tout irait bien, mais ils prennent un milliard d’autres choses ». Une phrase qui a ouvert le débat internationalement : « Cela a foutu un bordel sans nom, c’était la première fois que l’on osait dire que le sport de haut niveau était mauvais ». En revenant sur son parcours, désormais spécialiste des addictions, il n’est pas peu fier d’avoir accompli tout ce travail, et d’avoir changé un peu les choses. Pour autant, ce qui n’a pas évolué, c’est son point de vue sur le sport de haut niveau, qu’il trouve toxique. D’autant plus lorsqu’il constate que 5 joueurs de rugby sortent sur une civière pendant le dernier match de l’équipe de France. « C’est un problème grave ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *